Jean-Loup de la Batellerie et Walter Rizotto


De retour de Syldavie Jean-Loup de la Batellerie, et son photographe Walter Rizotto, de l'hebdo «Paris-Flash», nous livrent en exclusivité les premiers résultats de l'enquête qu'ils ont mené en toute discrétion sur la base secrète de Sbrodj.




le centre spatial de Sbrodj




Introduction:

Il y a quatre ans, on a découvert dans le massif montagneux des Zmyhlpathes de riches gisements d'uranium.
Aussitôt, le gouvernement syldave a entrepris la création d'un centre de recherches atomiques. C'est ce centre que nous allons vous présenter ici.



1) Los Alamos

De même que le gouvernement américain avait construit en plein désert le centre atomique de Los Alamos en y faisant venir des savants atomistes, le gouvernement syldave a construit dans un désert montagneux, à deux heures de route du croisement vers Klow, un gigantesque complexe comprenant une centrale nucléaire et un centre spatial. «On a fait appel à des savants de différents pays, spécialistes en physique nucléaire».

C'est donc un centre de recherches international, un peu comme le cyclotron de Grenoble.
Nous avons une vue d'ensemble du site, du cinquième étage, à l'arrivée chez le professeur Tournesol, une vue prise de la montagne, lors de l'expédition de Tintin à la recherche des parachutistes près de la bouche d'aération et une autre vue générale à la première page de l'album «On a marché sur la Lune».



2) Le numéro un (number one)

Comme dans le feuilleton «Le prisonnier», ou dans les films de James Bond, tous les employés du centre portent une combinaison permettant de circuler sans se faire arrêter à tout bout de champ par la Zepo. Ces combinaisons sont numérotées et le numéro 1 est donc celui du directeur de l'usine, monsieur Baxter.

Ce dernier est un patron d'envergure, ayant une grande autorité morale, ne plaisantant jamais, sachant prendre les bonnes décisions, et qui sait manier la langue de bois: par exemple, il dit à Tintin: «Vous allez représenter la jeunesse généreuse et ardente... C'est très beau».
Même Tintin ne sait trop quoi répondre à ce genre de phrase!

Dans son bureau directorial où se tiendra une brève cérémonie avant le départ pour la Lune, nous pouvons admirer derrière son fauteuil le plan de l'usine. Il est amusant de comparer le bureau de monsieur Baxter page 34 (sans la maquette de la fusée) et page 50 (avec la maquette de la fusée).



3) Le numéro 9

C'est le professeur Tryphon Tournesol himself! Celui-ci explique: «Le gouvernement syldave m'a invité à venir travailler ici, et l'on m'a confié la direction de la section astronautique, domaine qui m'était le plus familier».
C'est le Verner Von Braun de la Syldavie. Le professeur a inventé un produit à base de silicone, la tournesolite, qui résiste aux températures les plus élevées produites par la désintégration nucléaire et a donc mis au point le moteur atomique.

A noter que le professeur n'est pas le patron dans cette usine: il doit se plier aux règles de sécurité et a un grand respect pour le directeur général, monsieur Baxter.
Par exemple, il va lui montrer les plans de la fusée en lui demandant: «Qu'en pensez vous?», lui demande son autorisation avant de détruire la fusée d'essai détournée en plein vol: «Que décidez vous?» et le présente ainsi à Tintin: «Mr Baxter est le grand directeur de l'usine».

Le professeur Tournesol n'est pas le numéro 2, mais seulement le numéro 9. On peut penser que les 7 numéros 2 à 8 compris sont ceux des cadres de l'administration du centre: peut-être le chef du personnel, le directeur des services financiers, et aussi les savants atomistes chargés de la centrale nucléaire, peut-être également par ordre d'arrivée au centre.
On remarque d'ailleurs au briefing de monsieur Baxter page 18, au premier rang le numéro 3 et le numéro 4 (des «huiles»)



4) L'équipe et les astronautes

Le professeur Tournesol a réuni autour de lui une équipe de choc dont les membres seront avec lui les premiers à pouvoir dire, si tout fonctionne correctement: «On a marché sur la Lune!»
- L'ingénieur Wolff son adjoint (n° 14), chargé en particulier de l'approvisionnement et du matériel dont les instruments d'optique venant d'Iena.
- Haddock: n°56 qui s'occupera aussi du secteur air, température et sécurité.
- Tintin: n°57: «Au plus jeune d'entre nous, à notre ami Tintin l'honneur de donner le départ»
- Plus tard, on verra Dupond: n°61 et Dupont: n° 62, qui seront malgré eux du voyage vers la Lune. Le contrôleur de vol de la station de contrôle, Walther, (celui qui dit: «Ici la terre») porte le numéro 91. Le simple peintre de la fusée XFLR6 a le numéro 129. Le numéro 115 regarde aux jumelles l'arrivée de la fusée sur l'aire d'atterrissage. Nos amis font partie du personnel catégorie A.
Toute l'équipe va vivre au centre, en autarcie, coupée du monde sans trop de distractions. Le capitaine s'ennuie un peu. «Je commence à en avoir plein le dos, moi, de rester ici à ne rien faire.»



5) Le centre d'essais et de recherche

Nous le visitons sous la conduite du professeur, furieux d'avoir été traité de zouave. Nous voyons les ingénieurs travailler sur leurs planches à dessin et nous participons aux premiers essais: essais de résistance du scaphandre lunaire, vis-à-vis du vide et des basses températures: moins 50! avec le capitaine comme cobaye, essais de solidité du casque en plexiglas transparent, en utilisant une technique simple: le marteau manié par le numéro 31.

Il existe même des souris de laboratoire qui ont servi aux premières expériences. Surtout, nous assistons aux essais de la première fusée, la X FLR 6, qui doit prendre les premières photos de la face cachée de la Lune comme le fera plus tard la fusée russe Luna.
Cet essai va être un semi échec et sans Tintin qui a proposé un dispositif de destruction en vol, cette fusée serait tombée dans les mains d'espions.



6) L'énergie: La centrale nucléaire et la centrale électrique

Nous visitons la centrale nucléaire chargée de fabriquer du plutonium à partir de l'uranium: c'est impressionnant! On visite aussi avec les Dupondt les installations électriques proprement dites. La zone est très contrôlée avec port obligatoire d'une tenue anti-radiations!



7) Le centre spatial

Celui-ci comprend plusieurs éléments:
Le spatiodrome (le Cap Kennedy syldave): c'est ici qu'est montée la fusée lunaire: elle est gigantesque, haute comme un immeuble de 10 étages!, comme le sera la fusée Apollo. Elle est à quelques kilomètres du centre, dans un espace aplani, dénommé «La Plaine» entre les montagnes, et il faut y aller en voiture. Sur place, un blockhaus avec vue sur le pas de tir, permet d'être sur place pour surveiller le lancement. Plus tard, les cosmonautes de la Nasa iront de même en car.

La station de contrôle (Allo Houston?) où les opérateurs dont Walther surveillent l'évolution des opérations et sont en contact radio avec les astronautes. A noter que l'opérateur de contrôle dit d'emblée «Ici la Terre», en parlant aux cosmonautes, avant même le décollage de la fusée, alors que celle-ci est toujours sur la Terre! Ceux-ci répondent en disant: «Ici, fusée lunaire».
Il y a ainsi un fossé psychologique entre les cosmonautes, dès leur entrée dans la fusée, et ceux restés à la base. C'est toujours la différence entre les volants et les rampants, entre ceux qui «sont allés dans l'espace» et ceux qui n'ont pas quitté la planète.
Le radar et l'observatoire qui suivent l'évolution des fusées. L'observatoire est sous la responsabilité de Michel: n° 85.



8) La sécurité

Tout est dirigé depuis le «central». C'est le «central» qu'appelle l'hélicoptère chargé de surveiller l'expédition «Campanule», c'est-à-dire la réception par la Zepo, à l'aéroport, des futurs astronautes et leur acheminement vers la base spatiale, c'est le «central» qui détecte l'intrusion d'un avion non autorisé dans l'espace aérien interdit: «Ici central, ... ordre à la chasse et à la DCA: tenez-vous prêts à intervenir...», c'est le «central» qu'appellent les gardiens faisant des rondes de nuit.
La lutte contre l'espionnage et le sabotage est une priorité pour monsieur Baxter: «Nous ne saurions prendre assez de précautions contre l'espionnage et le sabotage», aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'usine.
On sait que des espions sont à l'affût: ils ont d'ailleurs donné des noms de code pour «l'opération Ulysse»: l'usine, c'est le «grand magasin», le professeur est le «Mammouth» et le capitaine est «Cachalot».

La sécurité externe: la Zepo
C'est vraiment une affaire d'état: la Zepo est partout: c'est la «Zekrett Politzs», la police secrète, et le nom résonne un peu comme gestapo: ils ne rigolent pas et l'on est dans une monarchie démocratique! (Mais est ce que le roi Muskar est toujours au pouvoir car on ne voit son portrait nulle part? Cependant, l'avion de la Syldair porte bien l'écusson royal du Pélican).

Qu'en aurait-il été dans le pays voisin, la Bordurie, sous la férule d'un dictateur et d'un parti unique! La région est contrôlée par l'armée et toute la zone est déclarée «zone interdite»: «On se croirait en guerre» pense le capitaine. On pointe sur lui d'ailleurs une mitraillette dès qu'il veut sortir de la voiture pour aller boire quelque chose! Le capitaine et Tintin sont d'ailleurs les premiers étrangers autorisés à pénétrer dans le centre.

La sécurité interne: les patrouilles.
On observe le travail d'une patrouille de nuit, la ronde 14 dans les couloirs du secteur H, qui d'ailleurs donne l'alerte au «central» devant un début d'incendie! Tout est vérifié, chacun des cadres de l'usine a donc un numéro et, par exemple, si le professeur Tournesol se déplace dans une tenue non réglementaire, tout professeur soit il, il est arrêté par le chef de la sécurité interne, un immense gaillard moustachu, même s'il ne se laisse pas faire et l'on sait que sa force est décuplée quand il est en colère, en particulier après avoir été traité de zouave! Les Dupondt vont d'ailleurs venir étoffer les équipes de sécurité, après avoir été pris par erreur pour les espions parachutistes que l'on recherchait!

L'usine dispose aussi d'un garage où l'on doit signer avant d'emprunter un véhicule comme une jeep. Les véhicules sont immatriculés: L'ambulance a le numéro 42138 et le véhicule des pompiers le numéro 69521. On notera le numéro de la plaque des deux «dodge», celles qui sont allées chercher Tintin et le capitaine à l'aéroport et qui les conduisent au départ de la fusée lunaire: c'est la 2537, verte, (que monsieur Baxter emprunte aussi au moment de l'atterrissage de la fusée au retour de la Lune), et la 1941, bleue. Enfin la célèbre jeep de Tintin, dessinée sur la couverture porte le numéro 252.



9) Survol interdit

Le survol de zone de l'usine est interdit et en cas d'intrusion d'un avion dans cet espace aérien protégé, le centre spatial peut déclencher l'alerte, faire appel à la chasse aérienne et à la DCA sur les ordres du «central». La zone interdite est surveillée depuis le ciel et l'on peut voir un contrôle volant par l'hélicoptère rouge immatriculé BH 15.



10) Le centre de secours

Les pompiers peuvent intervenir aussi bien à l'intérieur de l'usine en cas de début d'incendie, qu'à l'extérieur, au moment du décollage et de l'atterrissage de la fusée: ils disposent bien sûr de matériel puissant et peuvent découper au chalumeau les parois de métal de la fusée.

Le centre médical est dirigé par le docteur Rotule. Il comprend un centre de recherche particulièrement orienté vers l'ostéologie car on sait que les séjours en apesanteur peuvent favoriser la décalcification. Il comprend aussi un service de chirurgie où Tintin a été soigné après sa blessure par balle, une unité de psychologie où Tournesol est pris en charge pour son amnésie et un service de réanimation bien utile au retour de l'espace quand les courageux astronautes sont dans le coma.



Conclusion:

Ainsi «Objectif Lune» décrit-il, de façon très détaillée et très réaliste, le monde clos d'une base secrète avec sa hiérarchie, sa sécurité, son organisation quotidienne contribuant à la crédibilité totale de l'aventure lunaire de Tintin.
Ce n'est pas cependant un reportage ennuyeux sur la Nasa et cela reste avant tout fantaisiste et léger. On ne va pas voir Tintin s'entraîner dans une centrifugeuse et l'histoire et la comédie sont au premier plan. On voit ainsi, de façon concrète l'aventure collective qu'a été le fait d'aller sur la Lune, et toute l'énergie que cela a pu mobiliser au niveau d'un État. Le récit de Hergé est une association réussie de réalisme et de fantaisie.

Vue du centre de recherches atomiques de Sbrodj en Syldavie

Vue globale du centre spatial de Sbrodj.


Présentation de monsieur Baxter le directeur du centre de Sbrodj

Mr Baxter, le grand directeur du centre.


Les équipes de sécurité du centre de recherches atomiques de Sbrodj

Le service incendie en pleine action.


La ZEPO est omniprésente au centre de recherches atomiques de Sbrodj

La Zepo, selon l'ingénieur Wolff.


L'unité médicale du centre de recherches atomiques de Sbrodj

Le Dr Rotule, patron du centre médical.


L'observatoire du centre de recherches atomiques de Sbrodj en Syldavie

Michel, le responsable de l'observatoire.


Le garage du centre de recherches atomiques de Sbrodj en Syldavie

Le garage et la jeep numéro 252.


Le bureau de monsieur Baxter directeur du centre de recherches atomiques de Sbrodj

Le bureau directorial de Mr Baxter.


La centrale nucléaire de Sbrodj en Syldavie

Visite de la pile atomique avec Wolff.


Sur le pas de tir de la fusée d'essai X FLR 6

Décollage de la «X FLR 6».


Le central dirige la sécurité de l'usine

Tout est dirigé depuis le «central».


Essai du scaphandre lunaire par le capitaine Haddock

Essayage de costume Lunaire.


Les patrouilles assurent la sécurité interne

La ronde «14» dans le couloir «H».


La station de contrôle du centre de recherches atomiques de Sbrodj en Syldavie

Walther, de la station de contrôle.


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