Biographie Officieuse

C'est à Smyrne, la perle du Levant, que Roberto Rastapopoulos voit le jour le 20 avril 1899. Il est le fils de Stavros, négociant fortuné qui détient le monopole du commerce de la pistache, et de Felicita Corleone, brune piquante d'origine sicilienne.

Rastapopoulos l'ennemi juré de Tintin Enfant chétif, atteint dès son plus jeune âge d'un disgracieux éléphantiasis nasal, Roberto est choyé par sa mère mais rejeté par son père. Pour ses frères et sœurs, tous plus âgés que lui, il n'est qu'un objet de moquerie. En 1910, incapable de supporter davantage ses caprices et ses colères, et soucieuse de lui donner une excellente éducation, Felicita décide d'envoyer son benjamin étudier en Angleterre. Après avoir fréquenté une public school réputée, il rejoint les bancs de l'université de Cambridge où il brille surtout par son absence et ses mauvaises fréquentations. Le conflit qui ébranle l'Europe ne semble guère le préoccuper: s'il écrit à ses parents, ce n'est pas pour s'enquérir du front oriental mais uniquement pour leur demander de l'argent. Joueur invétéré, tricheur compulsif, Roberto est suspecté de vol et de faux en écriture et se voit contraint, privé de diplômes, de quitter Albion. En juin 1919, Rastapopoulos est de retour à Smyrne, occupée par l'armée grecque depuis le 15 mai. En moins de deux ans, il parvient à ruiner ses trois frères et ses deux sœurs après avoir mis ses parents sur la paille.



Sans le moindre scrupule, il dirige d'une main de fer l'International Pistachio Company, enseigne respectable sous laquelle il organise d'odieux trafics. En septembre 1922, Smyrne est prise par les troupes de Mustapha Kemal. L'incendie qui ravage la ville le 13 de ce mois détruit la maison natale et les entrepôts de Rastapopoulos.

Bague de cigare Flor Fina Comme quantité d'autres Levantins, il choisit d'émigrer en Argentine où il fonde une compagnie tabacole Flor Fina qui lui permet de gagner rapidement des millions de dollars. A Buenos-Aires, il s'acoquine avec de nombreux aventuriers: une photographie, aujourd'hui égarée, le montrait assis à la même table de poker qu'Aristote Onassis, Corto Maltese et le futur colonel Olrik. Dans la pampa, Rastapopoulos retrouve J.M. Dawson, un ancien condisciple de Cambridge, qui lui présente un mercenaire prêt à tout pour s'enrichir: Allan Thompson.



C'est lors de réceptions données chez de richissimes Argentins que Roberto noue de solides amitiés avec des producteurs de cinéma tels David O. Selznick, Samuel Goldwyn ou les frères Warner. Ces derniers l'encouragent à créer sa propre firme à Hollywood: Cosmos Pictures est fondée en 1927, l'année du premier film parlant.

Rastapopoulos Séducteur et beau parleur Dans sa luxueuse villa de Beverly Hills, Rastapopoulos organise de mémorables parties où accourent s'enivrer Mack Sennett, Charlie Chaplin et Douglas Fairbanks. On prête alors à « Big Nose » de nombreuses conquêtes féminines: Barbara Stanwyck, Carole Lombard et Hedy Lamarr ont tour à tour succombé à ses charmes et à ses comptes en banque. Il engage à prix d'or Clark Gable, Mary Pickford et Greta Garbo pour jouer dans de grosses productions telles Honey for the Prince (1930) ou Naughty girls (1932). Son ultime succès sera The Sheik's hatred (Haine d'Arabe), réalisé par George Melford en 1934.



Rastapopoulos est naturalisé américain en 1929, ce qui ne l'empêche nullement de se livrer à de nombreuses activités occultes: le trafic d'armes et la contrebande d'opium décuplent une fortune déjà colossale.

Rastapopoulos Grand Maître de l'Ordre de Kih-Oskh En 1930, il devient le Grand Maître de l'Ordre de Kih-Oskh, société aussi secrète que malfaisante qui compte de nombreux soutiens dans les milieux économiques et politiques. Le 22 mai 1933, en croisière sur l'Epoméo, il croise la route du fameux reporter Tintin. Jour funeste: le « freluquet » n'aura dès lors de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. C'est en tentant de lui échapper que Rastapopoulos fait une terrible chute dans les rochers près de Rawhajpoutalah (Inde) en octobre 1933. Après une courte convalescence, il décide de se venger et charge son âme damnée, le Japonais Mitsuhirato, d'éliminer le jeune journaliste. Contre toute attente, Tintin parvient à vaincre ses ennemis: il met fin au trafic d'opium financé par l'Ordre de Kih-Oskh, et, grâce à l'aide de ses amis chinois, capture Roberto Rastapopoulos et ses sbires. Démasqué, réclamé par la justice de 17 pays, le milliardaire déchu parvient à soudoyer ses gardes et à s'évader. Il ne vivra plus que sous des noms d'emprunts: Hubert d'Andrésy, Evgueni Sokolov, Otto von Schnerck ou Ramon Pepitas, pour ne citer que les plus usités. Sa fortune personnelle lui permet de continuer à mener grand train dans les plus beaux palaces d'Europe et d'Amérique. En 1936, il ajoute une nouvelle corde à son arc d'infamie en organisant un vaste trafic de fausse monnaie. Son réseau est en partie démantelé par Tintin l'année suivante grâce à la capture des faussaires qui sévissaient sur l'île de Ben More (Ecosse). En 1939, il s'associe avec le richissime négociant de Bagghar, Omar Ben Salaad, afin de s'emparer du monopole de la contrebande d'opium. Une fois encore, le reporter à la houppe saura mettre un terme à ces funestes activités.



Dès 1940, Rastapopoulos propose ses services aux différents belligérants et leur fait livrer armes, munitions, matériel et nourriture. Otto von Schnerck sera décoré à Berlin par Albert Speer tandis que Sokolov sera reçu fastueusement au Kremlin par Staline. La guerre finie, le scélérat prend ses quartiers dans un somptueux palais vénitien et, sous le nom de Marquis di Gorgonzola, concilie sans vergogne vie mondaine et œuvres de malfaisance.

Rastapopoulos et le marquis di gorgonzola ne font qu'un Séducteur et beau parleur, il éblouit ses hôtes qui peuvent savourer chez lui grands vins, mets de roi, et courtisanes de haut prix. Une notice de l'édition de 1951 du Who 's Who recense les activités du soi-disant Marquis: « Armateur, propriétaire de lignes aériennes dont l'Arabair, magnat de la presse (Tempo di Roma, L'Echo de Poldévie), Président-directeur général de Radio-télé­Khemed et principal actionnaire de la Société des bains de mer de Douma ». Un improbable Bottin de la pègre pourrait préciser d'autres « qualités » : trafiquant d'armes, de stupéfiants, de pierres précieuses, et marchand d'esclaves. A bord de son yacht, le Shéhérazade, de nombreuses fêtes sont données où se pressent les célébrités du temps: le Shah d'Iran, la Bégum, le Maharadjah de Gopal, Mull Pacha, Angelina Sordi, la Castafiore, etc. En 1958, Tintin et le capitaine Haddock parviennent une fois encore à démasquer le Génie du Mal sans toutefois réussir à le capturer: Rastapopoulos s'enfuit à bord d'un sous-marin de poche ! Quelques années plus tard, le gredin tentera, en vain, de s'emparer de la fortune du milliardaire Laszlo Carreidas après l'avoir séquestré sur l'île volcanique de Pulau-Pulau Bompa (Sondonésie). A l'issue de ce fiasco, Rastapopoulos aurait été enlevé par des extra­terrestres ... Des guerriers bibaros le retrouvent, à moitié fou, au cœur de la forêt nuevoricaine : son physique et ses éructations impressionnent à tel point les Indiens qu'ils le croient envoyé des dieux. Recueilli par un sorcier, il vit plusieurs années parmi les indigènes qui le soignent et le vénèrent.


Endaddine Akass Sa raison recouvrée, Rastapopoulos décide de rentrer en Europe pour se vendre au plus offrant. La Bordurie de Plekszy-Gladz l'accueille et l'aide à construire une base sous­marine au fond du lac de Flechizaff, repaire idéal pour espionner la Syldavie voisine et développer un vaste trafic d'œuvres d'art. Une fois encore, Tintin et ses amis parviendront à damer le pion de l'infâme Roberto qu'ils livreront à la justice de Muskar XII. En 1976, le triste sire s'évade de la forteresse de Klow et fonde la secte Santé et magnétisme sous le pseudonyme d'Endaddine Akass. Le gourou abuse de la crédulité de ses adeptes qui, en échange d'attouchements présumés miraculeux, lui versent de fortes sommes d'argent. De nouveau richissime, Rastapopoulos achète une somptueuse villa sur l'île d'Ischia, dans la baie de Naples. Avec l'aide de la Mafia, il engage des artistes, soudoie experts et commissaires-priseurs pour inonder le marché de faux chefs-d'œuvre de l'Art moderne et contemporain. Tintin toujours lui !, déjoue les sombres desseins du mégalomane qui est arrêté, jugé et condamné à trente ans de réclusion le 10 janvier 1979. Le 3 mars 1983, un gardien de la prison Saint-Dismas ouvre la cellule du célèbre gredin : il a la surprise d'y trouver l'aumônier, ligoté et bâillonné. Depuis, personne n'a retrouvé la trace de Roberto Rastapopoulos.

Publié avec l'aimable autorisation de l'auteur, Maître Alphonse Dulaurier chroniqueur du Cercle Archibald.


Le saviez-vous ?

Milos le cousin de Rastapopoulos Dans Tintin en Amérique, page 57, ce n'est pas Roberto qui est assis à la gauche de Tintin mais son cousin, Milos, ambassadeur de Grèce aux Etats-Unis. Notez que ce dernier porte monocle à l'œil gauche tandis que son infâme parent le porte à l'œil droit.




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